Ne faut-il voir dans les miroirs
qu’une obsession narcissique, le reflet inversé de notre propre visage qui nous
sourit dans la glace ? Les miroirs, ne sont-ils que des révélateurs, un point de
vue unique où l’homme fait face à lui-même ?
L’Histoire nous conte qu’en Europe
comme en Extrême Orient, dépassant les critères culturels, les usages se
ressemblent. En Inde, les royaumes du Rajasthan les utilisent abondamment, des
murs des palais aux tapis, des bustiers des paysannes aux autels religieux. Pour
le Roy de France, les miroirs rayonnent la beauté du soleil couchant et
sa magnificence à exprimer sa grandeur, reflet de vanité dans un Versailles de
paillettes. Pour le forain, les miroirs se jouent de nous et nous rendent
grotesques, ridicules, telle une mascarade volontaire, une séance d’autodérision
qui nous soulage de ne pas être parfait. Changeons de focale et observons
maintenant l’objet de plus près.
Commençons par la forme : ronds,
ovales, carrés, rectangulaires, triangulaires, vaguement aléatoires, et même
brisés. Miroirs encadrés de bois, de métal, de faïences, scellés dans un mur ou
pendus à un clou, miroirs ornant un pan entier de mur ou dissimulés dans un sac.
Comment le préférez-vous ? Magique et flatteur ou discret et dénonciateur ? Le
premier n’a d’yeux que pour vous tandis que le second dévoile ceux qui, dans
votre dos, s’agitent dans le rétroviseur. Et que dire de ces miroirs qui
jalonnent les longs couloirs sombres, sinon qu’ils y apportent la clarté tant
souhaitée. Car enfin, n’en déplaise à Narcisse lui-même, le miroir ne se limite
pas à notre reflet, il est aussi le médium, le vecteur de la lumière. Partout où
il se place, la lumière y rebondit.
La lumière, certes, mais aussi tout objet, forme, couleur et matière. Ainsi
l’unique plante verte du salon trouve dans son reflet, sa consœur qui lui fait
face. Il en est de même pour le tableau, pour la douce rondeur d’un sofa
moelleux comme de l’arête anguleuse d’un angle de mur. De là à croire qu’il est
aisé de les disposer où bon nous semble…
Hélas non ! En long comme en large, l’affaire demande un certain coup d’œil.
Essayons d’y voir plus clair.
Le Feng Shui désigne le mur sur
lequel ils sont disposés comme fondamental : le mur intérieur séparant deux
pièces ne jouant pas la même fonction que le mur d’enceinte de l’habitation.
Dans le premier cas, on observe que les miroirs doublent les objets et les
personnes qui s’y mirent. Dans le second, ils doublent la pièce qui s’y reflète,
agrandissant les lieux, créant symboliquement une pièce au delà du mur. Parfois
utiles, si votre habitation comporte des manques, mais difficile, si mal placé,
il génère une extension de votre espace, perturbant ainsi l’équilibre.
Soit ! Le miroir, donc, attire et
reflète, mais pas seulement. Le Feng Shui lui octroie une autre qualité, celle
de répercuter, de repousser et pas uniquement la lumière. Le miroir devient
essentiel pour écarter les énergies négatives et inopportunes à l’intérieur
comme à l’extérieur. Attention donc, en pénétrant dans les lieux par la porte
d’entrée d’éviter le reflet frontal du miroir. Celui-ci nous renvoie
inexorablement vers l’extérieur. Ceci est un exemple parmi des milliers.
Autant de miroirs, autant d’usages.
« Aspirine de l’habitat », le miroir est un objet fascinant qui demande une
justesse de vue pour jouer son rôle d’embellisseur ou de repousseur. Alors
tâchons d’être fins visionnaires et subtils accrocheurs afin que nos miroirs
révèlent enfin toute notre beauté intérieure.
Par Pierre MUSQUIN |